Pulsart Genève

LES VIBRATIONS POETIQUES DE CHARLOTTE CALLENS

article Pulsart mai 2010.jpgLa Belgique natale, le plat pays, des horizontalités brumeuses ? Oui, bien sûr. Rothko, ses champs colorés, ses étendues impalpables ? Peut-être aussi. Le tout (trop ?) souvent dit à propos de Charlotte Callens. Cette pratique artistique a pourtant des antécédents plus dispersés, plus aléatoires, via le détour d’une vie qui emprunta d’autres voies avant de se vouer à une peinture menée avec une belle assiduité.

Les sciences humaines furent la première implication de l’artiste avant le choix, plus tardif, d’études artistiques. Cette première vocation, on l’imagine, aura drainé une somme d’expériences, de rencontres, de “vécus” bien à même de laisser les sédiments de l’oeuvre future. Et que voit-on aujourd’hui, après bien des années passées dans l’atelier, à engranger les toiles aux couleurs intenses ou plus assourdies ? Une oeuvre cohérente que, d’aucuns, ailleurs, ont déjà décrite ou, pour le moins, approchée. Oui, de grandes plages colorées, pas vraiment color-field, tant la structure, la forme, la matérialité de ces peintures se cherchent et se disent au-delà des séductions immédiates, et par des voies alternées. Il y a un tourment atténué, si l’on peut dire, dans cet art, que l’artiste dira à sa façon: “c’est peut-être présomptueux de faire une peinture abstraite” L’affirmation d’une action, l’envie d’aller plus loin, et l’humilité tout à la fois. “Parfois, dit-elle, j’en ai marre des couleurs, c’est trop facile, trop évident et puis tout à coup, je suis tout entière absorbée par la couleur, c’est une explosion de rouge à mais je ne peux peindre deux fois du rouge”

Pas vraiment color-field donc, et encore moins action-painting. “Les grands champs chromatiques sont travaillés par couches successives. Une couleur en appelle une autre; il y a des ajouts, des retraits, des superpositions. Ainsi se crée une épaisseur et une densité. “J’emploie de la peinture parfois liquide, parfois épaisse telles que l’acrylique, le blanc d’Espagne, la colle, les pigments” dit-elle.

Et d’ajouter : “en travaillant longuement une toile, une dimension nouvelle s’ouvre dans laquelle je peux longuement me promener, revenir sur mes pas, construire, effacer, creuser, étaler”

A regarder tant de peintures (et tant de peinture !), on abdique souvent devant tant de “décos”, tant d’oeuvrettes dispensables. Chez Charlotte Callens, se voit la résistance aux fuyantes modes éphémères, à la vacuité d’images aussi vite oubliées que vues. Ici, le réel résiste. Christian Bobin viendra dans la conversation de l’artiste. Une simplicité à l’oeuvre dans l’oeuvre, si l’on peut dire.

Michel Aebischer

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JOURNAL DE LA SOCIETE SUISSE DES BEAUX-ARTS-GENEVE / MAI 2010